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Evaluer l’impact de solutions bien-être animal sur le bien-être des éleveurs porcins les ayant mis en place 

Projet visant à évaluer l’impact des solutions de bien-être animal sur la qualité de vie au travail des éleveurs porcins les ayant mis en place

Du bien-être des éleveurs bovins à celui des éleveurs porcins

« Le bien-être animal, c’est bien… mais mon bien-être à moi, dans tout ça ? »

Cette question, régulièrement exprimée par les éleveurs lors de projets de transition, met en lumière un angle mort encore peu exploré. Si les effets des pratiques de bien-être animal sur les animaux sont largement documentés, leurs impacts sur le travail, l’organisation et la qualité de vie des éleveurs restent encore insuffisamment étudiés. C’est pour répondre à cette problématique qu’un premier projet a été mené en filière bovine, avec pour objectif de développer un outil structuré d’évaluation de la qualité de vie au travail des éleveurs. Face à l’intérêt suscité par cette démarche, notamment auprès des professionnels, une question s’est rapidement imposée : cette méthodologie pouvait-elle être transposée à d’autres filières, et en particulier à l’élevage porcin ?

Le projet mené en filière bovine a permis de construire une méthode d’évaluation de la qualité de vie au travail reposant sur 27 indicateurs, répartis en six axes : bien-être physique, psychique, cognitif, social, environnemental et économique. Lors de son adaptation à la filière porcine, la majorité de ces indicateurs a été conservée. Certains ont toutefois été ajustés afin de mieux prendre en compte les spécificités des élevages porcins, aboutissant à une version finale structurée autour de 25 critères, regroupés en cinq axes : bien-être physique, mental (psychique+cognitif), social, environnemental et économique. À partir de ces critères, une grille d’évaluation a été construite.


Pour chaque solution de bien-être animal mise en place, l’éleveur était invité à évaluer son impact par rapport à la situation initiale, en attribuant une note allant de –3 (impact très négatif) à +3 (impact très positif), 0 correspondant à une absence de changement. Une fois l’outil adapté, la méthodologie a été déployée sur le terrain auprès de 15 éleveurs porcins ayant mis en place des solutions de bien-être animal. 4 solutions ont au final été évaluées : la maternité liberté, l’arrêt de la caudectomie, la sociabilisation précoce des porcelets et les pratiques de domestication des cochettes. Au total, 28 évaluations ont été réalisées à l’aide de la grille. Chacune a été complétée par un entretien semi-directif, permettant d’enrichir les notations obtenues par des données les expliquant. Sur la base de l’ensemble de ces résultats, une analyse qualitative a été réalisée pour identifier les tendances d’impact et caractériser la raison de ces tendances.

L’analyse qualitative met en évidence une tendance générale : les solutions de bien-être animal étudiées ont, dans l’ensemble, un impact globalement positif sur le bien-être des éleveurs porcins. Cet impact n’est toutefois ni uniforme, ni systématique. Les effets positifs concernent principalement les dimensions mentale et sociale. De nombreux éleveurs évoquent un sentiment renforcé de cohérence entre leurs valeurs et leurs pratiques, une satisfaction professionnelle accrue et une relation plus apaisée avec leurs animaux. Ces évolutions contribuent à redonner du sens au métier et à améliorer l’image que les éleveurs ont de leur travail. À l’inverse, les impacts sur le bien-être physique et la dimension économique apparaissent plus contrastés. Certaines pratiques peuvent entraîner une charge de travail accrue, une organisation plus complexe ou des incertitudes économiques, venant parfois contrebalancer les bénéfices ressentis sur d’autres plans. Ces résultats soulignent un point central : le bien-être animal peut constituer un levier d’amélioration du bien-être des éleveurs, mais il ne représente pas une solution universelle, c’est impact dépendant notamment fortement de la solution de bien-être animal mise en oeuvre.

Des impacts différenciés selon les solutions de bien-être animal

Bien qu’une tendance globale à l’amélioration du bien-être au travail se dégage, l’analyse qualitative met clairement en évidence que toutes les solutions de bien-être animal n’affectent pas le bien-être des éleveurs de la même manière. Chaque solution agit sur des dimensions spécifiques de la qualité de vie au travail, parfois de façon positive, parfois en générant de nouvelles contraintes.

1. La maternité liberté : un gain de sens au prix d’une complexification du travail

La maternité liberté est associée à un impact très positif sur le bien-être mental des éleveurs. Elle renforce le sentiment de cohérence éthique, la fierté professionnelle et l’alignement avec les attentes sociétales. Plusieurs éleveurs évoquent un regard plus positif sur leur métier et un sentiment de reconnaissance, notamment lors des échanges avec des visiteurs ou des partenaires. Sur le plan social, cette pratique favorise également les échanges entre pairs et avec les acteurs de la filière, la maternité liberté étant souvent perçue comme une innovation emblématique. En revanche, les impacts sur les dimensions physique et organisationnelle sont plus contrastés. Les éleveurs soulignent une charge de travail accrue, en particulier lors de la phase de mise en place, avec une vigilance renforcée autour des mises bas et de la gestion des porcelets. Cette complexification de l’organisation peut générer une charge mentale supplémentaire. Sur le plan économique, les perceptions varient selon les situations. Les investissements nécessaires et les incertitudes techniques peuvent constituer une source de stress, même si certains éleveurs estiment ces coûts acceptables au regard des bénéfices ressentis sur les autres dimensions de leur bien-être.


👉 Envie de découvrir les retours d’expérience des éleveurs ? Rendez-vous en fin d’article pour consulter le carrousel dédié aux maternités liberté.

2. L’arrêt de la caudectomie : une pratique valorisante mais fragile en élevage conventionnel

L’arrêt de la caudectomie a un impact positif marqué sur le bien-être mental des éleveurs, tant qu’aucun épisode de caudophagie n’est observé. Il est alors vécu comme une pratique cohérente avec leurs valeurs et contribue à une image positive du métier. En revanche, lors d’épisodes de caudophagie, ce bénéfice s’effondre brutalement. L’anticipation des risques, la surveillance accrue et la gestion des situations de crise génèrent une charge mentale très élevée, parfois vécue comme anxiogène. Les impacts sociaux sont ambivalents. Certains éleveurs valorisent la reconnaissance associée à cette pratique, tandis que d’autres expriment un sentiment d’isolement lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous. Les effets sur les dimensions physique et économique dépendent fortement de la survenue et de la gestion des épisodes de caudophagie, pouvant devenir, dans certains cas, un frein majeur à la poursuite de la pratique.


👉 Envie d’en savoir plus ? Découvrez en fin d’article les témoignages d’éleveurs sur l’arrêt de la caudectomie.

3. La sociabilisation précoce des porcelets : un climat de travail plus apaisé

La sociabilisation précoce est associée à des effets positifs sur le bien-être mental des éleveurs. Les animaux sont décrits comme plus calmes et plus faciles à manipuler, ce qui simplifie certaines tâches, réduit le stress et améliore la fluidité du travail. Sur le plan physique, cette pratique contribue à diminuer la pénibilité lors des manipulations ultérieures, notamment lors des déplacements ou des interventions sanitaires. En revanche, sa mise en place implique souvent des ajustements organisationnels et une phase d’apprentissage, pouvant générer ponctuellement une charge cognitive supplémentaire. Les impacts économiques sont généralement jugés limités, mais restent dépendants des conditions concrètes de mise en œuvre.


👉 Retrouvez en fin d’article les retours d’expérience des éleveurs sur la sociabilisation précoce.

4. La domestication des cochettes : un levier transversal du bien-être

Parmi les solutions étudiées, les pratiques de domestication des cochettes apparaissent comme celles ayant l’impact le plus globalement positif sur le bien-être des éleveurs porcins. Elles améliorent significativement le bien-être mental, en renforçant la relation homme–animal et en réduisant le stress au quotidien. Les éleveurs décrivent un climat de travail plus apaisé et une meilleure maîtrise des situations à risque. Les effets sont également positifs sur le bien-être physique, grâce à des animaux plus calmes et plus coopératifs, limitant la pénibilité et les risques de blessure. Sur le plan social, ces pratiques renforcent la satisfaction professionnelle et l’image positive du métier. Enfin, les impacts économiques sont généralement perçus comme neutres à légèrement positifs, ces pratiques nécessitant peu d’investissements et s’intégrant facilement dans l’organisation existante.


👉 Découvrez en fin d’article les témoignages d’éleveurs sur la domestication des cochettes.

Du constat qualitatif à la mesure des impacts

Les résultats de cette étude qualitative montrent que, dans l’ensemble, les solutions de bien-être animal tendent à améliorer le bien-être des éleveurs porcins. Toutefois, aucune ne permet d’améliorer simultanément l’ensemble des dimensions du bien-être au travail. Chaque pratique implique des arbitrages, et son acceptabilité dépend étroitement du profil de l’éleveur, du cadre de mise en œuvre et de ses priorités individuelles. Pour éclairer ces choix et accompagner les éleveurs dans leurs décisions, il apparaît désormais nécessaire de quantifier plus précisément l’impact des solutions de bien-être animal sur le bien-être des éleveurs. C’est dans cette perspective qu’une analyse quantitative est prévue en 2026, afin d’évaluer l’ampleur et la significativité statistique des effets identifiés dans cette première étude qualitative.

07/01/2026