JOUER COLLECTIF POUR ALLER PLUS LOIN
Permettez-moi de commencer cet éditorial par quelques mots sur Louis Schweitzer qui nous a quittés en novembre dernier. D’autres que moi l’ont connu depuis plus longtemps et se sont « chargés » de rappeler sa longue et riche carrière bien mieux que je ne saurai le faire. Je souhaite simplement souligner ici l’honneur et le plaisir que j’ai eus à travailler avec Louis sur ces dernières années. Homme de convictions, sur le bien être animal comme dans toutes ses autres et nombreuses activités, il était aussi et surtout empreint d’humanité et de bienveillance. Il savait écouter l’autre. Je m’honore de l’avoir mieux connu. Louis, je te remercie de m’avoir accordé ta confiance et au risque de paraître prétentieux, ton amitié.
Le rapport d’activité est cette année suivi d’un éditorial du directeur de l’association – une « nouveauté ». Je ne vais pas ici paraphraser les propos de Romain que, bien entendu, je partage. Je souhaite simplement en profiter pour remercier très sincèrement et très chaleureusement Romain pour son action à la direction de l’association, y compris pour tout le travail qu’il réalise depuis plusieurs mois maintenant pour construire la feuille de route de la deuxième phase de la structure. Je veux également remercier ici, tout aussi sincèrement et tout aussi chaleureusement, toute l’équipe opérationnelle pour son implication sans faille, son intelligence et sa bonne humeur. Je ne citerai personne nominativement car c’est le collectif que constitue l’équipe que je veux souligner. Chaque membre a sa personnalité, et la force de l’association est aussi de tirer profit de cette diversité qui est une grande richesse.
Alors, oui, la période que nous vivons est plus que troublée. Elle est même à bien des égards très inquiétante, et pas seulement sur la scène internationale où la mauvaise nouvelle du jour succède à celle de la veille. Je pensais – très et trop naïvement – que le bruit des bottes s’était éloigné de l’Europe. A l’évidence, il n’en est rien. Sur la scène nationale, l’invective – le mot est faible – a remplacé l’argument, les éléments de langage la démonstration, et la mauvaise punch line ou le mauvais jeu de mot le raisonnement. La science et les faits sont chaque jour davantage remis en cause au nom d’une idéologie que chacun présente comme la vérité. Dans « 1984 » – que je vous invite à relire ou lire pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore -, George Orwell avait créé le Ministère de la vérité, chargé de la fabrique des mensonges – comme le Ministère de l’amour était consacré à la torture et celui de la paix à la guerre. Nous n’en sommes vraiment pas loin.
Même s’il y a des moments de découragement, le repli sur soi n’est pas la solution. Chacun à notre niveau, dans notre vie personnelle comme professionnelle, ne baissons pas les bras ! C’est dans le temps présent que notre association et ses valeurs qui placent le respect l’écoute, la co-construction et la recherche de compromis au cœur prennent tout leur sens. Certes, nous ne résoudrons pas tous les maux du monde. Mais à notre niveau et sur nos domaines d’action, nous devons œuvrer pour que demain soit un peu meilleur. C’est en tout état de cause l’ambition que nous devons nous fixer collectivement. Comme le résume un proverbe africain, « seul on va plus vite, ensemble on va plus loin. » Sur cette note d’optimisme lucide, je vous souhaite une bonne lecture en vous remerciant toutes et tous – cela que vous soyez explicitement et activement impliqués dans l’association ou « simples » sympathisants nous suivant par les différents canaux de diffusion de nos travaux – pour le bout de chemin que nous faisons ensemble.

Hervé Guyomard
Président
de l’association LIT OUESTEREL
RENFORCER LA RELATION DE CONFIANCE AVEC LA SOCIÉTE
2025 aura été notre 5ème année d’exercice complet. Cinq ans au service d’un projet que nous avons élaboré sur la base d’une vision collective construite en 2017 : faire du bien être animal un sujet de dialogue plutôt que d’affrontement, tant pour faire progresser la cause animale que les économies territoriales. Autant d’années qui nous ont permis de construire un socle commun solide et de développer des forces reconnues et appréciées de tous. Elles sont au nombre de quatre. La première : notre capacité à réunir autour d’une même table, dans un climat d’écoute constructive, les acteurs en lien avec l’élevage et ce, quel que soit leur prisme – producteurs, transformateurs, distributeurs, chercheurs ou ONG. Ce dialogue n’existe nulle part ailleurs et constitue l’un de nos pivots pour imaginer le futur. S’y ajoutent, c’est notre deuxième force, les outils que nous avons construits.
A force de regarder le bien-être animal sous tous les angles, notamment dans ses interactions avec l’environnement, les conditions de travail, l’économie, les relations avec la société et les territoires, les comportements des consommateurs, nous avons développé une capacité d’analyse systémique concrète et applicable sur le terrain du levier qu’il constitue. Nous pouvons ainsi objectiver les impacts des changements et des pratiques en la matière, et ce, de la production jusqu’à la commercialisation. Nous portons ainsi un regard documenté et critique sur les trajectoires et les transitions ; cela fait partie de notre capital pour l’après LIT OUESTEREL. Notre troisième atout réside dans notre agilité méthodologique : nous l’avons montré, nous savons produire des méthodes originales, robustes et efficaces pour travailler en concertation avec les citoyens et les professionnels, tant pour imaginer de nouveaux concepts que pour tester leur acceptabilité et évaluer leur potentiel d’adoption. Notre quatrième atout, c’est l’équipe elle-même, qui s’est étendue au fil des années et qui a su bâtir un vrai savoir-faire et savoir-être au service du commun.
Ces forces, nous allons les mettre à profit pour répondre au souhait de nos membres de voir le LIT se renouveler une fois le projet France 2030 terminé. Au fil de nos travaux, nous avons compris qu’il existe une réceptivité des marchés au changement et au progrès. Que le bien être animal n’est probablement pas un critère d’achat en tant que tel mais que, lié à une dynamique plus globale de transformation des élevages, il devient un critère clé d’un ensemble plus grand pour lequel un premium devient envisageable (autour de +20 % pour 35 à 45 % des consommateurs).
Ces éléments et bien d’autres ont été présentés aux instances de l’association fin 2025. Ils nous ont conduits à faire une proposition pour l’après LIT OUESTEREL basée sur la transformation de nos activités vers celle de tiers de confiance entre les professionnels d’un côté, le consommateur et le citoyen de l’autre. Nous le constatons, il y a un besoin : les démarches d’amélioration entreprises par le monde de l’élevage sont trop peu visibles du consommateur, qui manque de confiance vis-à-vis du secteur. A l’interface entre science, terrain, société et marché, notre dispositif nous donne la légitimité. Et cela répond aux attentes de nos membres, qui nous demandent à la fois d’adopter une approche plus systémique, d’insuffler une dynamique positive vis-à-vis de l’élevage et de transformer les avancées en valeur économique partagée. Ce positionnement nous permettra également de conserver puis d’élargir le collectif qui nous porte aujourd’hui : nos membres y tiennent. D’ici là, nous allons consolider notre boite à outils. Forts de tous ces enseignements et atouts, 2026 sera l’année où nous élaborerons une vision long terme renouvelée, qui sera structurante pour aborder ensemble les dix prochaines années.
Romain Piovan
Directeur
de l’association
LIT OUESTEREL

30/04/2026