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Impliquer les citoyens dans la co-construction des élevages de demain

Une approche innovante : impliquer activement les citoyens dans les actions menées aux côtés des professionnels.

Passer d’une communication auprès des citoyens à une implication des citoyens

Bien-être animal, conditions de travail, impacts environnementaux : jamais les attentes sociétales à l’égard de l’élevage n’ont été aussi fortes. Pour y répondre, les acteurs du secteur s’engagent dans des transitions profondes, faisant évoluer pratiques et modes de production. Ces changements sont nécessaires, mais ils sont aussi exigeants, mobilisant des ressources humaines, techniques et financières importantes.

Pour sécuriser ces initiatives, les démarches de co-construction entre professionnels se développent. Pourtant, elles restent le plus souvent cantonnées au monde de l’élevage. Les citoyens non-professionnels en sont généralement absents. Ce manque de dialogue peut alors créer un décalage : d’un côté, des transformations réelles mais peu visibles ; de l’autre, des attentes sociétales qui peinent à se reconnaître dans les évolutions engagées.

Paradoxalement, ces initiatives pensées pour réconcilier élevage et société peuvent alors contribuer à fragiliser davantage ce lien. Afin d’y remédier, il apparaît donc nécessaire de repenser les modalités de construction des projets de transition en élevage, en y intégrant pleinement l’ensemble des citoyens.

Une implication des citoyens possible… et largement souhaitée par ces derniers

Dans cette perspective, la première question à se poser est : les citoyens souhaitent-ils réellement s’impliquer dans les réflexions sur l’élevage ?

Une enquête menée auprès de 304 citoyens montre que 95 % jugent souhaitable leur participation aux réflexions sur l’élevage de demain, 26 % d’entre eux la considérant même nécessaire. Seule une minorité (5%) exprime des réserves, estimant cette implication inutile ou risquée.

Au-delà des déclarations, l’expérience du LIT OUESTEREL confirme cette faisabilité : 3 334 citoyens ont été impliqués dans 25 projets en quatre ans. Ces résultats montrent que l’implication citoyenne n’est ni marginale ni théorique. Elle est possible, concrète, et répond à une attente réelle de la société.

Une implication à l’efficacité dépendante des modalités d’organisation

Si l’envie de participer est bien réelle, la transformation de cette intention en action concrète ne ne s’improvise pas. L’analyse des 90 modalités d’implication citoyenne testées par le LIT OUESTEREL révèle que l’efficacité de la démarche repose sur un équilibre subtil entre le sujet proposé, le format choisi et la reconnaissance accordée aux participants.

Le choix du sujet et du moment : privilégier le concret
Pour mobiliser, il faut toucher juste. Les citoyens s’investissent davantage lorsque les projets portent sur des enjeux spécifiques et tangibles, comme le bien-être animal — priorité pour 29% d’entre eux — ou les conditions de travail des éleveurs.  Un constat similaire s’applique au calendrier de la participation : le grand public est plus à l’aise pour intervenir lors des phases de diagnostic ou de test, où il peut réagir à des propositions concrètes, plutôt que dans les phases d’idéation pure, souvent jugées trop abstraites ou techniques.

L’arbitrage entre présentiel et distanciel
L’organisateur doit souvent choisir entre la quantité des participants et la qualité des échanges. Le présentiel favorise un engagement fort et des contributions riches, mais mobilise moins de monde. Pour réussir ce format, l’expérience montre qu’il faut aller à la rencontre des citoyens (marchés, salons) et privilégier des formats courts, d’une à deux heures maximums, mêlant pédagogie et ludique. À l’inverse, le distanciel permet de toucher un public large, mais avec un risque de contributions plus superficielles. Ici, la règle d’or est la brièveté : au-delà de 10 minutes, l’attention décroche et la qualité des réponses s’effondre.

La reconnaissance : le lien plutôt que la transaction
Enfin, la question de la gratification est déterminante pour la « sincérité » de l’engagement. Contrairement aux idées reçues, la rémunération financière tend à diminuer la qualité des contributions en attirant des profils plus opportunistes.  Les citoyens privilégient massivement (85%) une reconnaissance en nature, comme des paniers de produits fermiers.  Plus qu’un paiement, ce geste est perçu comme un symbole de lien et de réciprocité avec le monde de l’élevage.

De l’implication ponctuelle à l’implication durable

Impliquer les citoyens une fois est une chose. Installer un dialogue durable entre la société et le monde de l’élevage en est une autre. Au cours des quatre années d’expérimentation du LIT OUESTEREL, les 3 334 citoyens mobilisés l’ont été de manière ponctuelle : chaque projet s’accompagnait d’un recrutement spécifique, sans lien avec les participants précédents. Si cette logique s’est révélée efficace à court terme, elle a rapidement montré ses limites lorsqu’il s’est agi de construire une relation dans la durée. Pour sortir de ce fonctionnement « au coup par coup », le LIT OUESTEREL a opéré un pivot stratégique en 2025 : passer d’une mobilisation ponctuelle à la constitution d’un collectif de citoyens mobilisable sur le long terme.

Un collectif test de 100 citoyens a ainsi été constitué en 2025, à l’occasion d’événements grand public (salons agricoles, marchés, etc.). Il se compose majoritairement de femmes (69 %) et de personnes âgées de 25 à 59 ans (68 %), tout en intégrant l’ensemble des classes d’âge. Sollicités sur sept projets distincts au cours de l’année, avec un objectif d’implication principalement qualitative, les membres du collectif ont affiché un taux de réponse stable, compris entre 10 et 15 %. Surtout, leurs contributions se sont révélées plus détaillées, plus argumentées et plus directement exploitables. Cette amélioration confirme que la capitalisation de l’expérience citoyenne acquises en interne durant ces 4 années d’expérimentation renforce la qualité du dialogue. Afin de maintenir cette dynamique dans le temps, une mécanique de fidélisation a été mise en place. Elle repose sur un système de points attribués à chaque participation, donnant accès, à terme, à des paniers garnis. Ce choix s’inscrit dans la continuité des enseignements tirés des projets précédents : il permet de reconnaître l’engagement sans le réduire à une rémunération financière, tout en conservant un lien fort avec l’univers de l’élevage et du terroir.

Fort des résultats obtenus en 2025, le LIT OUESTEREL engage désormais une montée en puissance progressive de ce collectif autour de deux objectifs :

– élargir le collectif de 100 à 500 citoyens d’ici mi-2027 ;

– renforcer d’ici mi-2027 sa représentativité, notamment en termes d’âge et de genre, afin de pouvoir, en complément des sollicitations qualitatives, répondre également à des sollicitations quantitatives.

Cette évolution marque le passage d’une expérimentation locale à un véritable outil de dialogue démocratique, au service des filières animales et des projets de transition en élevage.

👉 Vous souhaitez faire partie de ce collectif citoyen et contribuer aux réflexions sur l’élevage de demain ? N’hésitez pas à vous inscrire : https://forms.gle/76dSYRmzxpJ5GAfq7

Un dernier enjeu : la légitimité aux yeux des professionnels

Les travaux menés montrent qu’il est désormais possible d’impliquer les citoyens dans la co-construction de l’élevage de demain, de manière efficace et durable, à condition de choisir les bonnes modalités.

Un défi majeur demeure toutefois : faire reconnaître cette implication comme légitime par les professionnels de l’élevage. L’entrée de savoirs citoyens dans des univers historiquement structurés par l’expertise technique peut susciter des interrogations ou des résistances.

Pourtant, l’implication citoyenne ne vise ni à remplacer l’expertise métier, ni à imposer des solutions. Elle permet d’enrichir les projets, de renforcer leur acceptabilité et de recréer du dialogue.

À présent que les conditions d’une implication citoyenne efficace et durable sont mieux identifiées, l’enjeu devient avant tout culturel et organisationnel : reconnaître le citoyen comme un contributeur légitime aux réflexions sur l’élevage de demain. C’est à ce prix que la co-construction pourra devenir un véritable levier de réconciliation durable entre élevage et société.

07/01/2026